Alors même qu’une majorité de Français s’oppose au travail jusqu’à 70 ans, le gouvernement tente d’imposer cette mesure
inepte, présentée de surcroît comme un supplément de liberté pour les seniors. Xavier Bertrand sait enrober ses assertions sans dire les véritables problèmes. Car à terme – et personne
n’est dupe à ce sujet -, l’âge légal de départ à la retraite s’en trouverait menacé. Le même discours a été servi pour faire passer la dérégulation qu’est le travail le dimanche.
De plus, cotiser 41 ans obligatoirement, c’est long pour percevoir 100 % de ses droits. Surtout pour les ouvriers, les artisans, ou même pour un enseignant. Imagine-t-on si aisément une enseignante ou un enseignant continuer son activité dans une classe de 3ème, en ZEP, jusqu’à 70 ans ? L’Humanité du 12 novembre rappelle que « l’espérance de vie d’un ouvrier est en moyenne inférieure de 7 ans à celle d’un cadre ». C’est bien cela qu’il convient de prendre avant tout en considération. Et la pénibilité aussi.
Et surtout, quel est ce projet de société qui se dessine, où l’on fait travailler les seniors en expliquant très sérieusement que l’idée est si géniale qu’elle relancera la machine économique ? Et les jeunes ?
La priorité, c’est d’abord de créer des emplois pour répondre aux besoins de notre époque. Les jeunes ayant bac +4 ou 5 n’en trouvent pas. Il faut mettre le pied à l’étrier de ceux qui ont moins de diplômes en leur assurant une carrière au sein d’une entreprise, avec un vrai parcours de formation.
Il est urgent que des mesures soient prises pour faire reculer la précarité, et non la favoriser. On peut aujourd’hui travailler autrement, mieux répartir les richesses produites pour apporter des réponses aux besoins des populations. Ce n’est pas une question de simple choix. Travailler plus longtemps ou autrement reste une vraie question de société. Pour s’épanouir, l’être humain a besoin d’activité certes, de revenus décents, mais aussi de vacances, de loisirs, de repos, de culture. L’épanouissement est au cœur de la question du parcours de toute vie humaine. Le gouvernement n’entend pas y répondre.