La fin des réclames sur les chaînes publiques n’est pas quelque chose de désagréable à imaginer. Ce sont surtout les raisons
pour lesquelles elles disparaîtraient, et les conséquences induites qui s’avèrent équivoques. Ce sont ces rapports, ces liens malsains qui se mêlent de plus en plus étroitement entre le
pouvoir politique et les médias détenus par quelques grands groupes capitalistes.
Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, s’était déclarée il y a à peine un an, en faveur d’une seconde coupure dans les films sur les chaînes publiques. Quelques mois plus tard, Nicolas Sarkozy a imposé de supprimer à terme tous les écrans publicitaires de la télévision publique, obligeant sa ministre à un revirement, à un changement de discours qui en dit long sur la force de ses convictions. Mais elle n’est pas la seule à courber ainsi l’échine.
Cette suppression n’a été pensée que pour venir en aide aux chaînes privées en général, et à TF1 en particulier. La fin de la pub représente 450 millions de manque à gagner pour les télés publiques. Une somme qui tombe sonnante et trébuchante dans la cagnotte du privé. De plus, sur TF1, une 2ème coupe dans les films de cinéma est programmée. De 6 minutes de publicité par heure, on passera à 9 et la pub détournée sera autorisée (pub très visible dans les films ou les séries : on voit à l’écran tel héros boire telle boisson). La chaîne privée attend de cette visibilité supplémentaire de la pub plus d’un milliard d’euros.
Se pose le problème du financement des chaînes publiques. Le rapporteur UMP avait prévu de taxer les recettes publicitaires du privé de 3 %. TF1 a estimé que c’était un taux trop élévé. Le rapporteur UMP a donc divisé par deux cette taxe. Le lobbying marche bien, décidément. Et demain, quel financement garanti pour les chaînes publiques ? L’Etat dit s’en porter garant, mais s’il l’est autant que pour le logement, on peut craindre le pire.
Et pas d’inquiétude : Bouygues, Lagardère, Vivendi et consorts veillent sur l’expression des différentes sensibilités politiques et sur la diversité culturelle !
Enfin, c’est Sarkozy lui-même qui nommerait le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Et l’Etat profite au passage du chamboulement ambiant pour mettre son nez dans la programmation des chaînes en « conseillant » par exemple des émissions sur l’Europe et le développement durable.
Tout semble se verrouiller dangereusement dans un mouvement de concentration des pouvoirs. L’indépendance des chaînes, la liberté d’expression des journalistes ne doivent pas devenir un cri désespéré. Plus que jamais, il faut valoriser les médias autonomes, encourager les chaînes associatives et dénoncer la main-mise d’un petit groupe sur l’ensemble des médias. Car une opinion se forge dans une écoute, une lecture et une vision faites de véritable diversité.