Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 17:49

Au début du mois mai, un document émanant du ministère de l’Education est parvenu sur les bureaux des recteurs les invitant à trouver des solutions pour réduire le nombre d’enseignants. Autant en primaire qu’au collège. Ce document devait rester interne mais certains recteurs ont sans doute pensé qu’il pouvait être important de le diffuser…

 

Plus de 16 000 postes seraient menacés dès l’an prochain. Et la batterie de « suggestions » émanant du ministère de M. Chatel use d’un vocabulaire proche de celui d’un apprenti grossiste ou d’un aspirant commercial : les enseignants vacataires sont ainsi considérés comme « une ressource plus flexible dont le rendement est proche de 100 % ».

 

Le langage est une chose, mais le fond est encore pire. Ce qui est demandé aux rectorats, c’est de débusquer tous les postes à supprimer par tous les moyens. Et ce sont à eux de faire le travail, de quantifier ces possibilités.

 

S’appuyant sur des études douteuses, il est indiqué sans rougir que dans le primaire, l’augmentation de la taille des classes ne devrait pas dégrader les résultats. Au nom de cette pseudo-réalité, des effectifs plus importants feraient surtout fermer les petites écoles de campagne. Des fusions, des regroupements d’écoles s’opéreraient quand celles où il ne resterait qu’une classe ou deux fermeraient. Selon les calculs du ministère, si toutes les classes comptaient un élève de plus, ce serait 10 000 classes qui disparaîtraient…et 7 000 postes avec.

Au collège, il s’agit aussi « d’optimiser les moyens d’enseignement », avec 30 élèves par classe et au lycée, « des possibilités significatives d’optimisation » sont aussi imaginables.

 

Ce document d’une rare violence revient à nouveau sur les RASED (ces réseaux d’aide spécialisée aux enfants en difficulté), qu’il voudrait voir supprimés, et les postes de psychologues scolaires seraient menacés « d’une mise en extinction ». Les 2 500 assistants étrangers en langue ainsi que les intervenants extérieurs feraient les frais de cette dislocation en règle. Tandis que la question des remplacements serait réglée grâce aux vacataires, moins coûteux que les titulaires.

En plus de l’enseignement qu’il dispense, le professeur devrait se spécialiser aux enfants en difficulté, enseigner l’anglais et prodiguer des conseils en psychologie ?

 

Selon le ministère, il n’y a aucun intérêt non plus à ce que les enfants de deux ans viennent surpeupler les classes maternelles. 27 élèves par classe pour les ZEP, 32 pour les autres.

 

Ce qui apparaît clairement à travers ces suggestions, c’est que d’une part, aucun projet éducatif réel n’est imaginé. Aucune aide, aucune attention, aucune amélioration n’est envisagée. D’autre part, l’Education nationale, en même temps qu’elle condamne des milliers d’élèves à être en perdition, se saborde sciemment elle-même. Dans 10 ans, si toutes ces suggestions venaient à s’appliquer, le système public français de l’éducation serait critiqué. Son incroyable déficit de réussite serait tellement alarmant que décidément, il serait plus judicieux de se tourner vers « l’excellence » « offerte » par le système privé.

 

Les arguments de ce document ministériel visent dès aujourd’hui à détruire l’école publique pour mieux la démanteler et la soumettre aux lois illégitimes du marché.  

Par Alain Audoubert - Publié dans : Education
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