Vendredi 12 novembre 2010 5 12 /11 /Nov /2010 15:35

« Ils ne veulent pas seulement ma mort, ils veulent mon silence », a déclaré Mumia Abu-Jamal il y a déjà quelques années. L’ancien journaliste radio, surnommé « la voix des sans-voix », sait le pouvoir des mots mieux que quiconque. Mais à quoi correspond ce pouvoir devant celui de la justice américaine ? Aux Etats-Unis, quelle  dignité, quels droits sont donnés à un homme noir, lui qui dénonce le fait que plus de 40 % de condamnés à mort sont noirs, lui, l’ancien pacifiste, ancien membre des Black Panthers ?

Depuis bientôt trente ans, Mumia Abu-Jamal est emprisonné dans « le couloir de la mort », condamné à mort pour le meurtre d’un policier blanc qu’il a toujours nié. Son procès est truffé d’irrégularités. Aucune preuve l’inculpant n’a jamais été apportée. Des témoins ont été tenus à distance, des jurés rejetés… Il est condamné sur la base de fausses preuves, des approximations ou bien sont-ce des préjugés… Tout est flou dans son procès, tout est contradictoire.

Par deux fois, il a été condamné à l’exécution capitale. Par deux fois, la mobilisation internationale a empêché cette barbarie. Des citoyens, des associations, des collectifs, des élus politiques de tous les pays ont adressé des courriers à l’ambassade américaine, au président des Etats-Unis contre son exécution, contre la tenue d’un procès si injuste. Il faut continuer à le faire, pour que cette peine soit annulée, pour qu’aussi, la peine de mort soit abolie dans ce pays. Et je m’y engage. Je refuse ce qui serait une exécution politique, ce qui serait un assassinat pur et simple.

Le contexte américain actuel est particulier : Barack Obama a été élu président il y a presque deux ans. Au début du mois de novembre, les forces conservatrices, la droite voire l’extrême droite américaine ont trouvé, aux élections de mi-mandat, un écho qui met le président en difficulté.

Cependant, l’addition de ce que symbolisent Mumia Abu-Jamal d’une part, et Barack Obama (Prix Nobel de la Paix 2009) d’autre part, contribuera peut-être à ce que l’autorité morale de ce dernier le décide à sauver Mumia Abu-Jamal et à mettre en œuvre un moratoire contre la peine de mort.

C’est en tout cas de notre devoir d’interpeller la justice américaine pour que les droits humains les plus élémentaires soient respectés. 

Par Alain Audoubert - Publié dans : International
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