Mardi 9 septembre 2008
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Coupable ou pas, toute personne pourrait être fichée, pourrait figurer dans ce vaste fichier « d’Exploitation Documentaire de
Valorisation de l’Information Générale » (EDVIGE). Militants, personnalités politiques, parents d’élèves, simples acteurs de la vie économique, étudiante ou religieuse seraient concernées.
Aucun milieu, aucun domaine de l’activité humaine n’échapperait à cet outil de surveillance informatique. Et c’est cela qui est inacceptable. Les amis, les relations mêmes de ces personnes y
seraient aussi indiqués. Et ce, dès l’âge de 13 ans. Et ce, dans le seul but d’informer le gouvernement.
D’aucuns avancent que ce fichier ne fait que reprendre les données des Renseignements Généraux. C’est peu probable, puisque les seuls
individus fichés jusqu’à présent étaient ceux censés menacer la sécurité publique, la sécurité des personnes.
Aujourd’hui, EDVIGE est présenté comme un fichier des personnes susceptibles de troubler l’ordre public. Voilà une notion bien plus
vague, bien plus difficile à définir. Des personnes qui font la fête chez eux un samedi soir un peu trop tard seront fichés pour une durée indéterminée ?
Selon le ministère de l’Intérieur, il faut « enrayer l’explosion de la délinquance des mineurs et lutter contre les phénomènes de
bandes ». Certes, mais justifier ainsi cet outil de surveillance s’avère téméraire. Ce seul outil de surveillance permettrait de réaliser l’objectif de freiner la délinquance ? Rien
n’est moins sûr. Et ces quelques lignes ministérielles en disent long sur les méthodes à venir. Elles vont à contre-sens de tout le travail effectué depuis des années par les éducateurs. Ces
derniers prônent la prévention, le travail en amont, l’écoute, la construction de structures adaptées pour les jeunes. Toutes ces sages recommandations seraient à jeter aux orties, au détriment
des personnes et en faveur d’un tout-sécuritaire illusoire, liberticide et fondé sur des préjugés ?
Une société qui observe ses citoyens et s’en méfie, sans leur venir en aide d’une façon ou d’une autre, ne peut qu’élargir des fossés déjà
existants. Une société qui stigmatise et sanctionne sans prévenir grâce à un outil arbitraire peut vite devenir arbitraire elle-même. Alors, quand le ministère de l’Intérieur affirme qu’
« un chiffrage global n’aurait aucun sens », je dis que c’est l’outil lui-même qui n’a aucun sens.
Je partage donc l’opinion de celles et ceux qui condamnent un tel fichage ; en tant que maire, bien sûr, mais aussi en tant que citoyen attaché aux libertés et à la
démocratie.