JEUDI 6 MARS 2008 – 18 H 30
THEATRE JEAN VILAR
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Je vous remercie d’être présentes et présents à l’invitation de la Municipalité et de l’Observatoire local de la condition féminine à l’occasion de la Journée Internationale des femmes. Cette invitation à l’adresse des femmes du secteur associatif local est le signe de l’intérêt que nous portons à leurs activités dans la vie locale et, plus largement, à leur rôle dans notre société pour que l’égalité hommes/femmes devienne une réalité.
Au-delà de l’image prédominante d’un engagement en faveur « des autres » soutenue par la participation bénévole mais aussi financière des adhérents dans une association, c’est bien d’un vivier de citoyenneté et de démocratie qu’il s’agit. La part que prennent de plus en plus les initiatives individuelles, regroupées en associations locales et en réseaux associatifs, dans la dynamique socio-culturelle est une bonne chose pour notre ville et ses habitants. Les associations entretiennent, développent et produisent le lien social à travers le simple plaisir d’être ensemble d’abord, et d’être ensemble unis autour d’un même projet, d’un partage de quelque chose où la convivialité est de mise, dans la ville, le quartier mais aussi bien souvent avec un regard sur le monde.
La journée Internationale des Femmes est à ce titre un rendez-vous majeur marqué par des initiatives pour les droits des femmes dans tous les pays, pour faire entendre leurs voix, leurs droits.
Cette journée née à l’initiative de Clara ZETKIN en 1910 résonne depuis dans tous les combats d’émancipation humaine, sociale, qui ont permis des conquêtes pour l’égalité entre les femmes et les hommes : droit de vote des femmes en 1947, droit à la contraception et à l’avortement, droit d’ouvrir un compte bancaire, parité... Mais l’on mesure aussi ce qu’il reste à faire encore dans le monde du travail, dans l’accès aux responsabilités pour de nouvelles avançées progressistes mais aussi pour endiguer les retours en arrière de la part d’un gouvernement qui trouve plus facile de mettre de l’huile sur le feu que du beurre dans les épinards.
En matière d’égalité professionnelle et salariale entre hommes et femmes tout d’abord, les statistiques dressent un bilan de disparités liées au sexe très éloquent :
- les salaires des femmes sont inférieurs de 25% à ceux des hommes à qualifications égales. Et même lorsqu’elles sont retraitées, leurs pensions perdent 30 à 40 % par rapport à celles des hommes.
- 30% des femmes salariées travaillent à temps partiel. 25 millions de personnes ont un emploi dont 11,6 millions de femmes mais elles restent cantonnées dans certains métiers et la raison majeure en est qu’elles continuent d’assumer d’autres taches avant et après leur activité professionnelle. Elles restent la plus forte proportion des emplois sous qualifiées, jugées pourtant utiles à la production et à la création de richesses, elles sont plus de 900 000 à travailler à temps partiel, un temps qui leur est très souvent imposé.
- La situation sur le marché du travail est plus favorable aux hommes. Bien que les femmes aient globalement de meilleurs résultats scolaires que les hommes et qu’elles fassent plus souvent des études supérieures, elles rencontrent plus de difficultés que les hommes face à l’emploi.
- Elles subissent la précarité ou la misère de plein fouet : 80% d’entre elles touchent moins que le SMIC, et sont des employées non qualifiées.
Et si des efforts ont été réalisés dans le domaine de la parité pour les élections et une meilleure reconnaissance juridique, les femmes demeurent en bute à bien des problèmes quotidiens. Les modes de garde des enfants sont encore en nombre insuffisant par exemple. Près d’un tiers des ménages est composé d’une personne seule. Il y a de plus en plus de familles monoparentales, essentiellement constituées d’une mère et de son ou ses enfant(s) et tout cela donne à la société des devoirs de réponses adaptées.
Qui plus est, dans un pays où le gouvernement de M Sarkozy ne tient pas ses promesses, où l’ensemble des salaires et le pouvoir d’achat sont en baisse, où les prix de consommation courante grimpent, où les difficultés à se loger, à trouver un emploi ou une formation sont des réalités tout comme les paquets fiscaux, les exonérations pour les plus riches, les actionnaires, les patrons voyous auxquels on octroie des indemnités scandaleuses : et bien dans ce pays forcément les femmes en subissent les conséquences au quotidien.
La situation qui est faite aux femmes dans notre pays et dans le monde interroge globalement sur la place de l’être humain dans la société et son évolution, sur le rôle émancipateur que la société doit porté, et donc sur les valeurs fondamentales d’égalité, de dignité, de solidarité, de justice sociale.
Notre volonté est de donner tout son sens à cette journée internationale des femmes, à notre solidarité, aux aspirations légitimes des femmes à disposer d’elle-même et à trouver dans la société les moyens de leur épanouissement personnel et professionnel.
Aujourd’hui la parole est prise par les femmes et les jeunes filles qui subissent des violences et à travers le monde plus que cette parole leur est donnée. Des mesures de protection par la loi existent mais les moyens sont insuffisants pour que les victimes trouvent des lieux d’accueil, de refuge, d’aide et de protection.
Une sorte d’omerta existe encore, en France, et bien sûr de par le monde dans les pays pauvres ou en développement.
Des femmes meurent sous les coups, sont lapidées. Souvent isolées, avec des enfants qu’elles n’ont pas voulu, choisi, et le chemin à parcourir pour retrouver une vie normale est difficile sans une évolution des mentalités, sans démocratie véritable, sans droits reconnus.
Le sort de ces femmes, de ces populations entières qui souffrent de la dictature de l’argent, des guerres ou des conflits qu’elle suscite, de la privation des droits élémentaires est bien une urgence sociale et politique. Des jeunes femmes sont achetées par des réseaux de prostitution, des fillettes sont obligées de travailler dans des conditions moyenâgeuses pour faire vivre leur famille.
Encore aujourd’hui, d’un continent à l’autre, d’un pays européen à l’autre même, la domination de l’argent fait rage, poussant des hommes et des femmes à des situations indignes, à des humiliations d’un autre temps pour échapper à la misère, d’autres à fuir leur pays, séparant des familles, licenciant ici pour embaucher ailleurs avec un salaire indécent, creusant toujours plus l’écart entre les très riches toujours plus riches, et les plus pauvres.
Face à cette situation, oui les femmes, pas elles-seules par bonheur, ne baissent pas les bras. Ce n’est pas pour rien que les femmes ont été de toutes les luttes, de tous les combats, refusant avec ténacité la guerre dont elles sont les premières victimes. Elles se sont toujours élevés pour combattre l’injustice et pour de nouveaux droits.
Non, décidément, nous ne pouvons accepter la domination de la marchandisation du corps humain, de sa force de travail au seul bénéfice de l’enrichissement scandaleux de quelques uns. Ce n’est pas cela le sens que l’Humanité doit prendre.
Comment peut-on concilier une vie professionnelle et une vie familiale sans progrès social, sans égalité réelle à tous les échelons de la société ? Le salaire des femmes quand il y en a un serait-il toujours considéré comme appoint au ménage ? Qu’en est-il des femmes seules avec des enfants, grossissant le rang des salariées pauvres ou des SDF avec leurs enfants ? Ce n’est pas le sens que nous voulons pour la condition humaine.
A une société qui génère toujours plus d’exclusion il faut s’opposer avec force et détermination.
Les femmes savent se rassembler pour lutter contre toutes les discriminations, contre toutes les inégalités, obtenir des salaires décents, et la reconnaissance de qualifications, de vrais droits pour les femmes et leur place légitime à tous les rangs de la société. Mais cela est aussi l’affaire des hommes et les mentalités doivent évoluer. La journée internationale garde donc toute sa mission émancipatrice.
A Vitry, il nous reste du chemin à faire ensemble pour vivre mieux dans la ville, dans les quartiers, pour l’égalité et le respect mutuel, pour engager des actions utiles, trouver des réponses aux besoins sociaux avec la détermination pour faire avancer l’égalité hommes-femmes, le respect mutuel. Même si bien des questions ne peuvent trouver réponses localement. En tout cas, nous y contribuons ensemble ou en coopération avec d’autres institutions.
Louis Aragon écrivait « la femme est l’avenir de l’homme ». Il avait raison. Mais nous pouvons dire aussi que la grande question de notre époque est de donner un avenir aux femmes de tous les pays.
Leur combat est aussi le nôtre, il est universel. C’est notre message en cette 0journée internationale des femmes et de leurs droits acquis dans la lutte, de leurs droits à venir.
Je vous remercie chaleureusement de votre présence, de votre apport au juste combat des femmes au quotidien et je vous invite amicalement à prendre le verre de l’amitié avant le spectacle auquel vous êtes invitées ce soir.
Conseillère municipale déléguée à la condition et aux droits des femmes